Le 24 Mars 2010 de 10H à 16H, s’est tenue une réunion à la Maison Communale d’Evere lors de laquelle les villes d’Evere, de Blois, Orléans et Rennes ont partagé leurs modes d’organisation et des informations sur les nombreuses activités du "réseau des villes correspondants de nuit et de la médiation sociale", ses ateliers, ses objectifs, et ses ambitions.
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En effet, les villes et associations regroupées au sein de ce réseau, font confiance à la médiation professionnelle pour aborder le conflit urbain et lui apporter les réponses innovantes complémentaires à celles mises en œuvre par les services publics locaux et nationaux.
Depuis quinze années déjà ce réseau emploie des médiateurs d’espaces publics et des correspondants de nuit selon des modalités propres à chaque ville. Dans le même temps, il réfléchit à l’évolution de ces deux métiers pour en saisir toutes les richesses et ainsi mieux comprendre le contenu de savoir-faire élaborés dans l’action.
La personne de contact belge pour toutes informations supplémentaires : ASBL Egregoros, Marc De Decker, 0498/588.690
Vous trouverez ci-dessous l’Ordre du Jour de cette "réunion de partage".

Présents :
Organisation du réseau :
L’objectif du Réseau est de fédérer des villes diverses dans leur identité, leur problématique, leur histoire. La diversité peut gagner un terrain commun de mutualisation, un lieu d’apport et de partage de recettes, de mise en commun de situations difficiles et de construction de projets innovants. Pour ce faire, le Réseau (par l’intermédiaire des médiateurs sociaux et des Correspondants de nuit) souhaite agir sur les comportements des gens afin de les sensibiliser à certaines problématiques, diagnostiquées au préalable comme étant de réelles préoccupations sociales.
Vous trouverez dans ce document :
La pédagogie du Réseau est de favoriser les discussions entre voisins ce qui permet un recul de l’anaonymat et une renaissance du dialogue au sein des habitants d’un quartier.
Éclairage par un exemple concret : celui de la ville de Blois.
L’enjeu actuel des ’Correspondants De Nuit’ de la Ville de Blois est d’apporter une présence rassurante à ses habitants.
Ils souhaitent créer un lien ’professionnel’, pas un lien social, car il ne faut pas perdre de vue l’objectif premier pour ces habitants : retrouver une certaine autonomie. Or le fait de créer uniquement un lien social, celà conduit à de la dépendance.
Donc les ’CDN’ de Blois travaillent dans le respect de leur déontologie avec un objectif en filigrane de leur quotidien : redonner à l’urbain une figure plus humaine. Différentes questions ont été soulevées au cours de cette journée d’échange :
Différentes réponses ont été apportées à ces questions, en voici le résumé :
Les partenaires évaluent (donc, à l’externe), avec des critères plus quantitatifs (exemple : le taux de vacance, le coût de réparation nocturne et diurne, les actes de délinquance sur la voie publique...).
A l’interne, les critères seront plus qualitatifs avec une ambition réflexive du travail effectué. Notamment, en vérifiant si les objectifs sont atteints ou non et en posant des questions d’évaluation directement à la population.
Objectifs :
Le Réseau souhaite pouvoir élargir son partenariat avec d’autres villes de Belgique telles que Charleroi, Liège, Mons... Mais aussi avec la Hollande et pourquoi pas d’autres pays.
Cet objectif d’élargissement répond à celui de la pérennisation du Réseau, mais surtout, il s’inscrit dans un but d’échange des bonnes pratiques et d’optimalisation des compétences de terrain. Les populations urbaines en seraient, dès lors, les premières bénéficiaires et l’humanisation des villes continuerait son ascension.
Note de problématique pour l’élaboration d’un projet de recherche sur l’intervention de médiateurs au sein de l’espace public
Jean-Yves Dartiguenave – Stéphane Chevrier
La notion d’espace public sous-tend l’idée d’un espace commun à tous, c’est-à-dire d’un espace, partagé, ouvert à tous les usages et à tous les publics, dans les limites naturellement assignées par la Loi Ce n’est pas par hasard si aujourd’hui cette notion d’espace public revient sur le devant de la scène.
Face à la tendance à la privatisation des espaces résidentiels, que cela soit sous la forme de la résidentialisation (Gérald Billard, Jacques Chevalier, François Madoré, 2005), des gated communities (Pinçont et Pinçont-Charlot, 2007) ou encore du séparatisme social (Maurin, 2004), l’espace public apparaît comme le dernier rempart à la désintégration du lien social urbain.
Il est même conçu, dans le cadre de projets d’aménagement, comme un élément essentiel de la structuration urbaine en s’offrant comme un lieu de mixité sociale ou, à tout le moins, de mise en scène de la diversité sociale.
Mais l’espace public est aussi l’expression théâtrale de violences urbaines plus ou moins ritualisées (les feux de voitures, la mise à sac de magasins par des « casseurs », les manifestations qui « dégénèrent ») ou, plus banalement, de conflits d’usages (entre générations, entre groupes ethniques ou bandes rivales, entre occupations licites et illicites, etc.), toutes choses qui viennent constituer, tantôt une menace pour l’ordre social, tantôt un obstacle à l’efficience attendue de l’espace public.
C’est dans ce contexte qu’il faut comprendre, selon nous, l’appel à un tiers régulateur au sein de l’espace public. Si, d’un côté, l’espace public est considéré comme étant potentiellement et, pour ainsi dire, naturellement structurant de l’univers urbain, de l’autre, il ne l’est pas spontanément puisqu’il est travaillé par des forces contraires à sa destination et à sa fonction « naturelles ».
D’où l’appel à un tiers, un intermédiaire ou un médiateur, qui est chargé, au nom de la puissance publique, d’établir ou de rétablir une relation, un échange, une régulation entre acteurs, susceptible de redonner toute son efficience à l’espace public. Tel est précisément l’enjeu sociopolitique dans lequel s’inscrit l’intervention de médiateurs.
Cet enjeu sociopolitique ne dit toutefois rien sur la délimitation de l’intervention professionnelle de ces médiateurs. Or celle-ci dépend, à la fois, des types de problèmes qu’ils ont à traiter sur l’espace public et de la présence d’autres intervenants qui officient déjà sur cet espace.
En ce qui concerne le premier point, il convient de distinguer les conflits qui relèvent des problèmes de la tranquillité publique, c’est-à-dire des difficultés de la cohabitation entre divers usages, de ceux qui relèvent d’une question de sécurité publique, c’est-à-dire des troubles à l’ordre public ou, plus largement, des infractions à la légalité.
Il nous semble que l’une et l’autre problématiques n’appellent pas les mêmes réponses en termes de rôles et de compétences, même si des chevauchements sont possibles. La tranquillité publique nous paraît constituer le domaine d’intervention privilégié des médiateurs de l’espace public, tandis que la sécurité publique exige davantage le recours à la force publique, notamment quand la procédure de négociation échoue ou lorsque les conditions sociales de la négociation ne peuvent être réunies.
Toute la question, dès lors, est de pouvoir caractériser les situations ou les seuils à partir desquels l’intervention des correspondants de nuit trouvent sa limite, appelant ainsi le relais d’autres corps professionnels.
Nous touchons là au deuxième point de notre problématique. Il est clair qu’on ne saurait déduire l’intervention des correspondants de nuit des seules caractéristiques des situations à traiter, ni faire correspondre point par point cette intervention avec les types de problèmes à traiter.
Il faut souligner d’abord qu’il n’existe jamais de problème social (conflits, violences, infractions, transgressions, atteintes à l’ordre public, etc.) en tant que tel, mais toujours relativement à la manière qu’on a socialement (professionnellement ou non) et historiquement de le traiter.
Il faut ensuite observer qu’une profession délimite son intervention relativement à d’autres corps professionnels, de sorte que cette délimitation résulte toujours d’une négociation, d’un compromis, dans le jeu de la division sociale du travail. Cette limite entre tranquillité et sécurité publiques qui fixe les bornes de l’action des correspondants de nuit apparaît ainsi imprécise.
La qualification d’une situation est le produit d’une interprétation qui relève d’un traitement subjectif des indices extraits de cette situation. Des recoupements existent entre ces deux notions définissant ainsi des zones d’incertitude quant à la délimitation des domaines de compétence des différents acteurs.
Aussi, nous nous proposons d’aborder la question de l’intervention des médiateurs dans l’espace public selon un double prisme : 1° celui de l’analyse des situations conflictuelles qu’ils ont à traiter et 2° celui de la délimitation de leur intervention au regard d’autres champs professionnels, notamment celui des forces de sécurité et des travailleurs sociaux.
Nous serons attentifs, dans tous les cas, aux situations limites qui indiquent un possible basculement ou un effet de seuil à partir duquel la frontière entre les champs et modes d’intervention professionnels se trouve interrogée. Ces situations limites à la frontière de la tranquillité et la sécurité publiques ont un effet de loupe.
L’analyse de ces situations nous permettra de mieux saisir les compétences mises en œuvre par les médiateurs. En effet, les médiateurs sont en mesure de lire, de décoder et d’interpréter une situation. Ils disposent de micros compétences et de savoir-faire qui permettent ce travail d’interprétation et de qualification des scènes ordinaires qui se jouent dans l’espace public.
Des indices de nature très différente sont extraits des situations vécues par les médiateurs pour être agrégés et former une longue chaîne rythmée par des séquences. Il faut pouvoir rendre compte de cet art de lire l’espace public pour mieux comprendre de quelles manières des acteurs délimitent leur domaine de compétence.
À travers l’expression des médiateurs, nous sommes en mesure de mieux comprendre quelque chose de ces réalités urbaines qu’ils nous donnent à voir, mais, dans le même temps, nous pouvons aussi analyser le travail de mise en forme qu’ils réalisent pour donner du sens à ces indices qui ne deviennent bavards que lorsqu’ils sont assemblés d’une certaine manière.
Plusieurs questions peuvent être posées : quels indices témoignent, selon les médiateurs, qu’une négociation pour rétablir la tranquillité publique est possible ? Quels seuils définissent-ils dans les différentes situations qu’ils ont à traiter ?
Pour le dire autrement, les médiateurs sont des ballons-sondes plongés dans l’espace urbain qui permettent de dresser la carte météorologique d’un lieu. En collectant et en agrégeant des indices, ils rendent compte du « climat d’une ville » ou d’un quartier.
Certaines situations seront dites chaudes, orageuses, électriques… La pression monte, l’atmosphère change… Ces expressions extraites du vocabulaire ordinaire montrent l’intérêt heuristique de procéder par analogie et d’utiliser des métaphores météorologiques pour analyser des phénomènes sociaux.
La subjectivité des médiateurs ne constitue pas en soi un biais. C’est, au contraire, grâce à cette subjectivité qu’ils parviennent à qualifier une situation et à délimiter leur domaine de compétence. Il ne saurait y avoir de situations purement objectives ; les situations sont toujours le fruit d’une interprétation. Il faut pouvoir s’appuyer sur cette subjectivité qui permet de voir pour saisir les critères objectifs sur lesquels repose la perception.
Cette recherche a pour volonté d’impliquer l’ensemble du réseau. Une vingtaine de villes pourraient ainsi participer à la démarche mise en œuvre. Cette démarche se déroulera en 5 temps.
Temps 1 : Observations et ateliers
5 villes (membres du réseau) présentant des caractéristiques contrastées seront choisies comme terrain d’investigation avec les représentants du réseau. En effet, il est important de faire varier les contextes urbains pour saisir la diversité de ces contextes et la variation des interprétations.
Dans chacun de ces villes, l’équipe de sociologues réalisera des observations in situ aux côtés des correspondants de nuit et mettra en place un atelier d’échange et de débat avec ces correspondants.
Observation de terrain : l’équipe de sociologues accompagnera durant une journée ou une nuit une ou plusieurs équipes de correspondants de nuit. Cette approche ethnologique permettra de saisir les correspondants de nuit dans le « cadre écologique » qui est le leur, de rendre compte dans le détail d’un travail en train de se faire, d’observer des situations très concrètes…
Ces observations permettront d’alimenter les débats conduits dans le cadre des ateliers. Ces observations seront précédées d’entretien avec les responsables de la structure.
Atelier : Un atelier de 3h réunissant une douzaine de médiateurs sera animé par un sociologue. Pour comprendre ce qui se joue dans l’espace urbain et les compétences mobilisées par les médiateurs, il faut pouvoir les faire parler, les faire raconter des scènes ordinaires ou extraordinaires, il faut les suivre dans les méandres d’une histoire, il faut les inviter à entrer dans les détails pour qu’ils nous transportent dans ces scènes passées. Ce discours sur la pratique est riche d’informations.
Temps 2 : Observatoire Indicateurs : Le produit des ateliers et des observations sera analysé. L’enjeu de cette analyse est de parvenir à construire des indicateurs rendant compte des « climats urbains » et des compétences mobilisées par les médiateurs.
Parallèlement à ce travail, nous élaborerons des outils qui permettront de repérer ces indicateurs. Ces outils et ces indicateurs seront designés pour devenir des interfaces graphiques. Dans le domaine météorologique, les données ou les indicateurs ne sont pas livrés bruts, ils sont travaillés et mis en forme pour construire des cartes, nous ne procédons pas différemment. Cet ensemble de données mises en forme permettront de construire un observatoire.
Temps 3 : Réunions-débats avec les autres professionnels Dans chacune de ces 5 villes, des réunions débats seront organisées avec les autres acteurs professionnels présents dans l’espace public (forces de police, travailleurs sociaux, agents de proximité…).
Ces réunions permettront de confronter les approches et les définitions des enjeux et des questions. Mais, elles permettront aussi de situer les corresponsants de nuit dans un environnement professionnel plus large, de replacer leur intervention dans une chaîne de traitement de la tranquillité et de la sécurité publique.
Temps 4 : Journée d’échange Ces outils et ces interfaces seront présentés au cours d’une journée réunissant l’ensemble des villes membres du réseau. Lors de cette journée, les outils et les interfaces seront critiqués puis amendés pour être ensuite validés. Cette journée de test permettra aux membres du réseau de s’approprier ces outils et interfaces pour, dans un second temps, les utiliser dans leur ville respective.
Les villes disposeront d’outils partagés pour échanger autour de réalités sociales très différentes. Ces outils et interfaces doivent favoriser le partage et la capitalisation des expériences.
Temps 5 : Journée d’échange
Ces expériences, observées avec les mêmes outils, pourront être partagées au cours des rencontres annuelles programmées début 2011. Ces débats viendront enrichir la démarche et améliorer les outils.
Voyez aussi les actes du colloque du 15 octobre 2009 sur les halls d’immeuble