Forum Belge pour la Prévention et la Sécurité Urbaine

Quelles sont les étapes clés d’un projet participatif autour du sentiment d’insécurité ?

De la structuration d’un projet en différentes étapes à son évaluation, en passant par des outils pour valoriser la participation et les pratiques tirées des laboratoires mais aussi d’autres expériences, ainsi que par l’importance de la communication, cette troisième partie constitue le cœur-même du manuel.

D’où faire partir le projet ?

Une plainte, un conflit entre partenaires, des conflits de voisinage récurrents, l’utilisation d’un espace public, un fait criminel grave, une réunion d’habitants sur un sujet "non sécuritaire" mais qui représente l’opportunité pour certains de témoigner de problèmes… Différents contextes et différentes raisons peuvent être à l’origine du lancement d’un projet participatif autour du sentiment d’insécurité.

La mise au jour de constats dépend du contexte local mais aussi du type de problème visé : les drogues, les dangers de la circulation routière, l’isolement des seniors, des conflits de voisinage,… ou encore de la présence ou non de canaux d’informations accessibles qui permettent de faire "remonter" les préoccupations des usagers auprès des autorités locales, et d’en débattre.

A ce sujet, les services de proximité sont essentiels au niveau local car ils permettent de rester à l’écoute des problèmes, au plus près du citoyen et de sensibiliser les autorités dès que c’est nécessaire. L’existence d’un comité de quartier ou d’un collectif d’habitants est également un élément facilitateur pour lancer un projet participatif.

En effet, ce sont souvent les citoyens qui tirent la sonnette d’alarme parce qu’ils estiment que les pouvoirs publics ne remplissent pas correctement leur fonction ou qu’ils sont confrontés aux conséquences négatives des failles d’une politique sociale ou de sécurité. Dans cette optique, il est d’une importance capitale d’établir la genèse de l’élément déclencheur. Il est possible de procéder de différentes manières et il existe une panoplie d’outils pour y parvenir.

+ Pour en savoir plus  : voir la question du diagnostic (chapitre III.1.3.)

Et dans les laboratoires ?
A Mouscron, ce sont des faits d’agression sur des jeunes dans le cadre de fins de soirées "arrosées" qui ont poussé les autorités à intervenir. Des parents ont sollicité les élus locaux pour qu’"on réagisse" face aux dangers de l’alcool chez les jeunes. La police et les autorités locales ont reçu un groupe de parents et de jeunes pour entendre leurs craintes et être à l’écoute de leurs propositions. Bien que les agressions liées à l’alcool ne soit pas prépondérantes dans les statistiques recensées par la police, les autorités ont décidé de lancer une campagne de prévention sur l’abus d’alcool chez les jeunes, en y associant les jeunes eux-mêmes mais aussi les partenaires de la santé et de la prévention, ainsi que les cafetiers.
A Bruxelles, le Service de Prévention locale a choisi d’investir le quartier Léopold sur base de constats sur des problématiques récurrentes relayées par les travailleurs de rue et objectivées grâce à un premier diagnostic local de sécurité. L’utilisation du square par différents groupes d’âges et d’origines et cultures différentes posait problème.
A La Louvière, le CPAS est parti de la demande des citoyens : un collectif d’habitants du quartier Bois du Luc appelé "Le groupe des mamans et papas solidaires ", qui mettait en évidence des événements de grande violence et la défection des autorités communales.
A Amay, aucun événement particulier n’a été à l’origine du projet, principalement motivé par un sentiment d’isolement des seniors, et l’envie de prévenir les effets de situations neuves, comme l’intégration d’un nouveau quartier dans la commune.

> Quelques conseils :

Sur quelle échelle de territoire travailler ?

L’échelle la plus pertinente et offrant les meilleures garanties de succès dépend du thème traité, du public visé et de la présence de facteurs socio-économiques et démographiques "à risque" sur le territoire.

Il est plus facile d’obtenir la collaboration des parties là où les partenaires ont des intérêts communs. On constate que les personnes sont pragmatiques : elles s’intéressent d’abord à leur entourage direct, puis à leur voisinage, à leur quartier, à leur ville et peut-être, ensuite, à une échelle plus grande encore. En principe, les intérêts communs peuvent être présents à tous les niveaux. En pratique, il est toutefois préférable que les participants puissent percevoir l’utilité de leur participation à une politique de qualité de vie et de sécurité dans leur environnement direct. Plus ils agissent à proximité de leur cadre de vie, plus vite ils peuvent constater l’effet bénéfique de leurs actions.

> Quelques conseils :

+ Pour en savoir plus  : voir les interventions de divers acteurs de la participation citoyenne présentées lors d’un séminaire ayant pour thème "Autorités locales, associations et citoyens, agir ensemble sur le sentiment d’insécurité" organisé par le FBPSU le 14 novembre 2007 à Saint-Gilles La question du territoire y fut traitée notamment par Françoise DEVILLE qui a présenté l’expérience du contrat de quartier RenovaS asbl.

Comment diagnostiquer l’insécurité ?

Comment faire un état des lieux de la situation avant de démarrer un projet ?

Il s’agit de partager l’information et d’avoir une image collective des problèmes se posant dans le quartier.

Le sentiment d’insécurité étant complexe, il n’est pas toujours simple de rassembler toutes les sources d’informations utiles pour réaliser un "scanning préalable" de ses causes et conséquences. Néanmoins, des ressources sont disponibles dans les communes et des techniques permettent de réaliser en peu de temps un premier diagnostic des faits qui posent problème.

Les méthodes des conversations de rue et des marches exploratoires permettent de placer les partenaires dans une démarche de co-production, pour faire émerger des constats collectivement. Spécifiquement dans le cadre de marches exploratoires (appelée aussi "diagnostics marchants"), les habitants ont l’occasion de côtoyer directement sur le terrain d’autres habitants et parfois des professionnels locaux dans une démarche collective.

Le Service Public Fédéral Intérieur propose notamment le "scanning de la sécurité" comme précieux instrument (voir manuel sur les diagnostics locaux de sécurité).

Il est surtout important que cette étape de pré-diagnostic prenne en compte divers indicateurs influençant le bien-être d’une société. Il ne s’agit pas uniquement des données de criminalité ou du sentiment d’insécurité ressenti par les habitants, mais également des données sur leur situation sociale. Ce sont ces éléments positifs qui revêtent la plus grande importance lorsque l’on a pour but la participation d’un plus grand nombre d’habitants.

> Quelques conseils :

Sur quelles sources se baser ?

Lors du scanning et de l’analyse des problèmes, on fait souvent mention des sources objectives et subjectives. Elles sont d’un grand intérêt et d’une valeur équivalente.

Du point de vue subjectif, chacun (citoyens, professionnels locaux et responsables politiques) possède sa propre perception de la réalité. Elle repose sur une part d’objectivité mais aussi sur un cadre de référence personnel. Cette perception a d’importantes conséquences sur les attentes des parties concernées.

Les sources objectives se basent principalement sur des données chiffrées, des thèses scientifiquement acceptées ou des preuves.

Les deux types de sources peuvent se renforcer mutuellement ou se compléter, mais également s’avérer contradictoires. Dans ce cas, un débat s’impose afin de faire concorder les sources objectives et subjectives ou de faire un choix. En l’absence de données objectives, il est de toute façon opportun de prêter attention à la perception subjective de la population, faute d’engendrer un sentiment d’incompréhension.

Les types d’informations à exploiter dépendent de la nature du thème visé. Concernant le sentiment d’insécurité, il est essentiel de tenir compte des données subjectives (par exemple, issues d’enquêtes, de marches exploratoires avec des citoyens, de contacts avec la police lors de “buurtcafés” ou “politiecafé” bien connus en Flandre) puisqu’il est question de "sentiment" et pas uniquement de données statistiques sur des faits de criminalité enregistrés par les forces de police.

Le ressenti des usagers d’un site concernant son apparence (état des logements, des entrées d’immeubles, d’un parc), les flux de personnes qui y circulent, les menaces subjectives perçues par certains sont des éléments importants à répertorier dans la mesure du possible.

Au niveau des données objectives exploitables concernant le sentiment d’insécurité, on se tournera vers les bases de données plus "classiques" telles que :

Ne pas confondre subjectif et qualitatif

> Quelques conseils

Que doit couvrir au minimum le diagnostic ?

Le diagnostic servira de base à une analyse stratégique. Il doit obtenir un large soutien de toutes les parties concernées. C’est pourquoi il doit décrire avec précision :

Quelques conseils

+ Pour en savoir plus, voir le guide sur les audits locaux de sécurité .

Le Diagnostic Local de Sécurité, un outil à disposition

Cent-trois villes et communes belges disposent de Plans Stratégiques de Sécurité et de Prévention (PSSP), conclus avec le SPF Intérieur. Pour ces entités, un Diagnostic Local de Sécurité (DLS) est exigé. Disponible auprès des évaluateurs internes des Services de Prévention, il se base sur des données policières et sociodémographiques ainsi que toute information utile issue du personnel de terrain en prévention.

> Pour en savoir plus sur le DLS  : voir le site du SLIV.

> Pour en savoir plus sur la façon de nourrir le DLS avec les méthodes participatives , voir la présentation de T. HENDRICKX, Evaluateur interne, Ville de Bruxelles, présentée lors du forum du 14/11/2007 organisé par le FBPSU asbl à Bruxelles.

Pourquoi et comment miser sur le partenariat local ?

Pourquoi établir un partenariat ?

C’est la méthode-même prônée par ce manuel. Etant donné la complexité des phénomènes nourrissant le sentiment d’insécurité, il est important de mobiliser toutes les ressources utiles. Des domaines divers sont en cause, et une seule partie ne pourrait apporter une réponse efficace.

Etablir un partenariat au niveau local, c’est oeuvrer ensemble sur un objectif commun, pour élargir le cadre du projet et approfondir le travail en lui offrant plusieurs angles de vue. Ce n’est pas chose simple, d’où l’importance, pour le pilote du projet, d’user de méthode et de rigueur, notamment en veillant à poser les conditions qui permettront au partenariat de se développer harmonieusement (voir 3.3. Impliquer les citoyens, une nouvelle façon de faire de la politique).

Que peut apporter un partenariat ?

Dans le cadre de l’examen et de l’analyse des problèmes :

Pour la résolution des problèmes :

A la mise en œuvre :

Lors du contrôle et de l’évaluation :

Comment créer des partenariats efficaces au niveau local ?

Un partenariat efficace repose sur différents principes, notamment :

La concrétisation de ces principes n’est pas toujours évidente. Les rôles attribués aux partenaires ne sont pas toujours ceux qu’ils pourraient revêtir dans le cadre du partenariat, comme l’illustre le tableau II.

Tableau II : rôles des citoyens, des responsables politiques et des professionnels locaux dans le partenariat

PartenaireRôle traditionnellement attribuéRôle positif à jouer dans le partenariat
Les citoyens Souvent considérés comme les bénéficiaires des services. Peuvent offrir une expérience qui leur confère une véritable expertise.
Les responsables politiques Adoptent fréquemment une position de force. Doivent être à l’écoute et peuvent jouer un rôle d’agent facilitateur et de soutien.
Les professionnels locaux Sont en général des spécialistes principalement concernés par le respect des règles de leur propre domaine de compétence. Peuvent représenter un soutien officiel et apporter des informations de référence.

Tous ces éléments ont bien sûr leur valeur, mais ils doivent être reliés afin de se renforcer mutuellement au lieu de se faire obstacle.
Lors de la conclusion d’un partenariat, il convient donc de partir d’objectifs communs concernant les thèmes à traiter : vers où allons-nous "ensemble" ? Cette approche facilite grandement l’attribution des rôles des partenaires, la définition des objectifs et également les attentes vis-à-vis des acteurs.

Les conseils suivants ont été tirés de diverses expériences, les laboratoires notamment mais aussi le "tool kit" édité par le Centre International pour la Prévention de la Criminalité sur la Police et la Prévention. Il propose des recommandations pour mettre en place les conditions idéales pour établir des partenariats efficaces. Celles-ci sont applicables à tout type de partenariat. Attention cependant, il n’existe pas de modèle idéal et universel. Il faut avant tout décider qui doit être impliqué et trouver le moyen de collaborer le plus efficacement possible.

Au préalable, il est essentiel :

En cours de route, il faut :

> Quelques conseils

Quels partenaires impliquer ?

Les choix des partenaires pour lutter contre le sentiment d’insécurité sont tout aussi importants que la collaboration en soi. Étant donné les causes complexes du sentiment d’insécurité, il est essentiel de créer des liens avec plusieurs services, afin de coordonner les actions, et d’apporter des solutions multiples à des problèmes de nature multiple.

Dans le cadre de sa politique de lutte contre le sentiment d’insécurité, l’autorité communale privilégiera certains partenaires prioritaires : la Police de quartier, les pompiers, les sociétés de logements sociaux, et les centres publics d’action sociale (CPAS), les services de la jeunesse et associations active en milieu ouvert (AMO).

Aux côtés de ces partenaires privilégiés externes à la Commune, certains services communaux sont également à mobiliser spécifiquement dans la recherche de solutions : le Service communal de Sécurité et de Prévention et/ou d’Aide aux victimes (spécialisé en matière de gestion de l’insécurité), l’Urbanisme (pour les actions sur l’aspect physique d’un quartier), les Services Jeunesse et Santé (concernant certaines problématiques particulières), les Services Propreté et les Service des Travaux de voiries (pour la réfection des trottoirs et rénovation du bâti).

L’ensemble des ces partenaires, associés aux habitants et usagers ont un rôle prioritaire à jouer dans la mise en place d’actions visant à réduire le sentiment d’insécurité. Tout individu ou groupe qui peut contribuer à la compréhension des problèmes et à l’élaboration de solutions devrait être associé.

Il n’est pas nécessaire que tout le monde fasse partie d’un comité chargé de piloter des projets mais il est important de les consulter, même ponctuellement, notamment dans le cadre de la phase de diagnostic. Pour ce faire, on peut créer divers moyens de participation pour les partenaires : consultations, réunions de travail à l’administration communale ou présentations faites en qualité d’expert devant un comité.

Et dans les laboratoires ?
Sur le partenariat lancé par le laboratoire de Charleroi avec les logements sociaux, les Services Jeunesse et la Police, voir "Les démarches constitutives d ‘un partenariat à Charleroi"
Sur le partenariat lancé par Bruges pour diminuer les nuisances liées aux festivités et à l’abus d’alcool dans le centre ville, voir l’explication du projet horecacoach mené par la ville de Bruges.

> Quelques conseils

Quel est le rôle du politique ?

Le bourgmestre comme pilote

Le Collège des Bourgmestre et Echevins est responsable de la mise en œuvre et du suivi de la politique de sécurité et de la qualité de vie dans les quartiers (selon un programme de législature approuvé par le conseil communal pour 6 ans). Le Bourgmestre, en tant que responsable de la Police administrative et de la sécurité publique sur sa Commune, est souvent considéré comme le gestionnaire de la sécurité locale.

Ce rôle de gestionnaire induit qu’il est moteur du projet, qu’il doit fixer des priorités claires dans sa politique (puisque tout ne peut être réalisé en même temps ou au niveau local), stimuler le partenariat et mettre les acteurs autour de la table (notamment avec d’autres Echevins chargés des volets Propreté, travaux publics, Jeunesse,..) et évaluer les mesures nécessaires en fonction d’une analyse des besoins la plus complète possible (analyse quantitative et qualitative).

L’importance qu’accordent les pouvoirs publics à la politique de qualité de vie et de sécurité est reflétée dans le plan d’orientation stratégique de la Commune (ou plan de législature) et se traduit dans des plans d’action annuels, auxquels doivent être associés les moyens nécessaires.

Les difficultés liées à l’exercice du pouvoir local en matière d’insécurité

Une des premières difficultés est de bien faire la distinction entre les politiques en général, les décideurs communaux et leurs services administratifs.

Le rôle du pouvoir politique est essentiel à la mise en place d’une politique participative sur la sécurité au niveau local. Les attentes du public et des partenaires en la matière sont parfois énormes. Par ailleurs, compte tenu de la réforme des polices en 2002, certains Bourgmestres se sentent "démunis" car ils n’ont plus la main mise sur "leur police" mais doivent déléguer l’opérationnalisation des mesures au chef de zone. Ce dernier organise son corps et les opérations policières comme il l’entend. Il n’est plus redevable que sur ses résultats et dispose de plus d’autonomie qu’auparavant. Mais c’est toujours le Bourgmestre que le public interpellera concernant les problèmes d’insécurité. Ce nouveau contexte organisationnel a permis à certains politiques de parfois se décharger, trop rapidement, sur le corps de police (ou de la justice) face à des interpellations "gênantes" du public, en expliquant qu’ils n’avaient plus d’impact sur l’exercice du métier des policiers…

> Pour en savoir plus sur les forces et difficultés du pouvoir local dans l’approche participative en matière de sécurité, voir l’article de V. Ketelaer dans le cadre du colloque CEP sur ce sujet organisé en octobre 2005.

Et dans les laboratoires ?
On le voit souvent sur le terrain, le rôle de moteur des élus n’est pas toujours une réalité. Un des objectifs qui se retrouve d’ailleurs dans tous les laboratoires est d’améliorer les relations entre habitants et responsables politiques. Lors de la rencontre collective des laboratoires le 11 avril 2008, les acteurs locaux se sont montrés demandeurs d’un positionnement clair du politique par rapport à leur investissement dans un processus participatif et ont souligné avec force l’importance :

Avoir des élus réellement impliqués et présents est l’un des défis centraux, relevé par tous. De manière générale, les responsables politiques sont trop peu présents. Une distance s’installe (ou se creuse davantage) et la confiance dans l’action publique vacille. Leur présence est indispensable tant en amont (bien identifier les intentions politiques, prévoir les moyens à mettre en oeuvre), au cours de la démarche qui associe les différents acteurs (importance qu’ils soient à l’écoute de tous), ainsi que pour donner des suites aux aspects abordés" (Recommandations tirées de la trace écrite rédigée par Periferia asbl suite à la rencontre collective entre laboratoires francophones du 11 avril 2008 à La Louvière).
Pour des exemples concrets de difficultés rencontrées dans les relations avec les responsables politiques, voir la fiche laboratoire d’Amay et de La Louvière.

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