Forum Belge pour la Prévention et la Sécurité Urbaine

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Intervention du chef de zone de Bruxelles Nord sur les bandes urbaines répertoriées en région bruxelloise (nov 2006)

SECURITE DEMOCRATIE ET CITES

SARAGOSSE
2,3 et 4 nov. 2006
JEUNES SOUS VIOLENCE PHENOMENES DE BANDES

Le phénomène des bandes à Bruxelles

1. Introduction

« Bruxelles, des bagarres violentes, les bandes urbaines en pleine recrudescence », titrait au mois de septembre de cette année le plus grand journal francophone de Belgique ! L’article faisait référence à l’interpellation préventive de plusieurs dizaines de membres d’une bande de jeunes africains dans un parc public par la police de Bruxelles-Nord. La fouille dans le parc avait permis de retrouver une quantité impressoinnante d’armes blanches, de gourdins, de couteaux et même des haches ! La police avait eu vent d’un rendez-vous fixé entre deux bandes rivales pour un règlement de comptes. Quelques jours avant, un membre d’une des deux bandes avait volontairement écrasé en le blessant grièvement un adepte d’un groupe rival et le rendez-vous avait pour but de régler ce différend. Un véritable bain de sang venait d’être évité !

Malheureusement, il ne s’agissait pas là d’un événement isolé dans la réalité des grandes villes.
Tous les citoyens y sont confrontés, car la violence des bandes fait aussi des victimes extérieures et il serait faux de croire qu’elles ne s’opposent qu’entre elles ! Bien au contraire, elles peuvent rendre certains quartiers où elles sévissent tout simplement invivables par la criminalité qu’elles génèrent !
Les autorités administratives, judiciaires et policières en sont particulièrement conscientes et y consacrent une attention particulière. Ces situations peuvent contribuer progressivement à la création de zones de non droit et nécessiter des interventions importantes de police. L’opération « Baloo » menée par la zone de police de Bruxelles-Nord en constitue indéniablement un exemple. Une bande criminelle avait pris possession d’une place publique communément appelée « La Cage aux Ours ». Plus de 160 faits criminels y avaient été recensés en peu de mois, principalement des vols avec violence, du racket, du trafic de stupéfiants, des arrachages de sac et des agressions contre les magasins. Une enquête minutieuse de plus de 18 mois a mobilisé et coordonné toutes les fonctionnalités de police concernées (recherche, teams de quartier, services d’intervention et services s’occupant des contrôles des établissements) pour identifier le noyau dur de la bande, constitué d’une trentaine de personnes. Après avoir entrepris les efforts nécessaires pour convaincre les victimes de participer aux reconnaissances formelles, une grosse opération visible permit
ensuite d’interpeller une soixantaine déjeunes contre lesquels une procédure judiciaire fut ouverte. Depuis lors, le quartier se porte beaucoup mieux et différentes initiatives purent être initiées par les autorités locales pour y renforcer en profondeur la qualité de vie.

Comme on le voit aux travers de exemples cités ci-dessus, ce phénomène de bandes n’est pas toujours aisé à cerner et présente un vaste ensemble de facettes différentes, non seulement dans leur nature et dans les activités criminelles qu’elles déploient, mais aussi de par la violence de leurs actions, de par le territoire dans lequel elles sont actives ou de certaines réalités sociologiques qui leur sont parfois propres. C’est ainsi que par exemple dans certaines bandes l’appartenance ethnique sera déterminante, tandis que d’autres seront plus liées à un quartier déterminé. Certaines se mettront en évidence en commettant de nombreux actes d’incivilité ou de petite criminalité, tandis que d’autres n’hésiteront pas à commettre à l’occasion des actes extrêmement violents ou à s’engager dans les voies du crime organisé. De même, certaines nouvelles problématiques apparaissent, comme celles posées par certains jeunes récemment arrivés sur le territoire et ayant connu dans leur pays d’origine des situations de guerre ou de génocide et ayant donc perdu leurs repères.

Ainsi que l’on peut s’en rendre compte, le sujet n’est pas simple. Nous aborderons donc dans la présente réflexion la démarche entreprise par les autorités policières de Bruxelles face à ce phénomène, avant de décrire la situation telle qu’elle se présente sur le terrain et notre propre expérience en la matière.
Bien que la seule action efficace qui puisse être menée en cette matière soit celle menée de manière globale ainsi qu’en partenariat, et qu’une organisation des services de police suivant un modèle de proximité facilite considérablement la démarche, les contraintes de temps nous empêcherons malheureusement d’aborder également ces aspects.

2. Suite aux émeutes de 1991, la réaction au phénomène s’organise

Les années 1991 marquèrent pour Bruxelles l’apparition du phénomène des émeutes urbaines,
que beaucoup auraient espéré ne jamais voir sortir des frontières françaises, anglaises où
Américaines.
Ces crises se manifestèrent dans plusieurs communes caractérisées par une population
importante issue de l’immigration et se trouvant dans une situation socio-économique
difficile. L’opinion publique, peu préparée à voir pareilles scènes de débordement collectifs
en Belgique, fut particulièrement impressionnée par les images de violence, d’autant plus
médiatisées que la situation nécessitait la mise en œuvre de dispositifs policiers importants de
maintien de l’ordre.
Même s’il apparaissait clairement que ces crises traduisaient un malaise dont personne n’avait
perçu l’ampleur réelle, celui des jeunes vivant dans les quartiers défavorisés et dont il allait
désormais falloir tenir compte, la présence régulière de groupes plus ou moins organisés
capables de passer à l’action pour contrôler leur quartier et s’opposer aux services de police
ou contrecarrer l’action d’autres services publics (pompiers, transports publics, services de
l’électricité, du gaz,...) était indéniable.
Actives également sur le plan de la criminalité locale et parfois extra-locale, elles allaient
désormais faire l’objet d’une attention prioritaire de la part du Parquet et des services de
police.

C’est ainsi que dès 1991, plusieurs initiatives sont prises par les autorités, tant au niveau fédéral que local. En ce qui concerne Bruxelles, plusieurs exemples peuvent être cités, comme
la création par le Parquet d’un cabinet spécialisé chargé du suivi des mineurs d’âge membres d’une bande urbaine et d’une cellule « bandes organisées » chargée pour les majeurs de la lutte contre les bandes urbaines. Des concertations pentagonales furent également mises sur pied pour définir une politique coordonnée entre autorités administratives, autorités judiciaires et les différents services de police visant à démanteler les bandes urbaines.

Ces initiatives s’inscrirent dans un cadre plus général de réformes, comme le recentrage de nombreux services de police vers une plus grande proximité, le développement important de services socio-préventifs notamment au travers de la mise en œuvre de contrats de sécurité et de prévention ou la mise en application d’un système de justice accélérée.

Suite à l’analyse détaillée de la situation et aux nombreuses réunions tenues avec les services de police, la présence d’un nombre conséquent de bandes fut mis en évidence, tout comme la corrélation entre leurs activités et le constat de la montée de la violence dans les quartiers. Il restait cependant difficile de caractériser ces bandes car la plupart n’atteignent pas un niveau d’organisation structuré et comparable à celui des bandes américaines. Elles s’apparentent en général plutôt au phénomène des bandes de quartier en se rendant coupables de toute une série d’actes d’incivilité et de petite et moyenne criminalité. Il était cependant également déjà noté que certains groupes étaient surtout actifs dans le domaine de la grande criminalité, tout en entretenant des contacts avec les bandes de quartier auprès desquelles elles jouissent souvent d’un prestige important. De même certaines formes de coopération et de solidarité négative furent aussi alors mises en évidence. La présence de mineurs actifs en leur sein est également loin d’être exceptionnelle, les jeunes de quartier étant bien conscients des limites du système répressif à leur égard.

Malgré cette difficulté de les caractériser, le Parquet-de Bruxelles décida alors de déterminer une typologie de ces groupes, dans le but notamment, d’affiner l’approche et de rechercher une efficacité maximale. C’est ainsi que l’on catégorisa les bandes en « associations de malfaiteurs », en « bandes ghettos », en « bandes à leader » et en « bandes spontanées ». Si les premières reprenaient surtout celles qui étaient actives dans le domaine de la criminalité organisée, la seconde catégorie visait surtout les groupes plus ou moins structurés cherchant à s’approprier un territoire et à y faire leur loi. Pour les bandes à leader, le critère retenu était la structuration du groupe autour d’une personnalité forte, celle du meneur. On y constate en effet que les membres tentent régulièrement de se mettre en évidence devant celui-ci et ces groupes se caractérisent par une violence assez forte ainsi que des rites d’initiation et des signes de ralliement. Quant à la quatrième catégorie, ce sont principalement les groupes qui se forment dans les lieux de rassemblement naturel des adolescents, comme les sorties des écoles, de clubs ou autres lieux de divertissement, qui y furent repris. Il était alors déjà noté que les délits commis étaient en général moins graves et plus facilement contrôlables par une présence adéquate de la police ou d’éducateurs.

3. L’analyse s’affine en s’intéressant aux auteurs de tous les actes commis en bande

Si la démarche entreprise s’avère rapidement efficace, il n’en demeure pas moins vrai que tous les problèmes ne sont pas réglés. Ces bandes évoluent rapidement, se font et se défont. Certaines changent parfois de nom, fusionnent entre elles ou portent plusieurs noms différents.
Les services de police ont du mal à suivre en permanence ces fluctuations et un nouvel outil semble devoir s’imposer rapidement pour réaliser une meilleure approche des personnes qui entrent en ligne de compte pour les faits commis en bande. De même au niveau judiciaire, lors de la perpétration des faits, il s’impose que les réactions du Parquet tiennent compte de ce phénomène et que le membre d’une bande mis à la disposition de l’autorité judiciaire reçoive une suite appropriée.
C’est ainsi que nous proposons en 1997 au Parquet de Bruxelles la mise en œuvre d’un nouvel outil, qui consiste à mieux gérer l’information judiciaire relative à la criminalité urbaine en bande par la création d’une banque de données « bandes urbaines ». Cette démarche est renforcée par les recommandations de la Commission Parlementaire chargée d’enquêter sur la criminalité organisée, qui suggère également que les autorités judiciaires développent une approche des faits commis en bande, car celles-ci doivent particulièrement retenir l’attention, non seulement en raison de leurs activités troublant la sécurité publique, mais aussi de par leur caractère, le cas échéant structuré (au sens du code pénal), et enfin de leurs relations éventuelles avec la criminalité organisée.

Après plusieurs réunions et concertations entre autorités et services de police, une circulaire
du Parquet de Bruxelles mis en 1999, sous son contrôle strict, la procédure proposée en
œuvre.

Le principe d’application est le suivant.

Tous les services de police doivent être attentifs à bien faire ressortir dans leurs verbalisations
si les personnes interpellées ou soupçonnées ont agi seules ou en groupe, pour des faits qui
sont repris dans le cadre du présent programme sur une liste limitative. Cette liste
d’infractions est reprise dans la circulaire et vise tous les comportements qui caractérisent le
phénomène des bandes tels que les autorités et services de police ont pu l’observer. Cela peut
donc aller de la vente de produits stupéfiants aux extorsions, en passant par les rébellions et
bagarres, vols à l’aide d’effraction,...

Cette liste est actualisée lorsque de nouvelles tendances se manifestent, comme cela a été le cas pour les viols et attentats à la pudeur commis en groupe (notamment le phénomène des tournantes).

Tous les procès-verbaux relatifs aux personnes, majeurs ou mineurs, impliquées à titre
présumé d’auteur, de coauteur ou de complice, pour les faits repris dans la liste limitative et
commis sur le territoire de l’agglomération bruxelloise, avec une participation d’au moins
deux personnes, sont donc transmises à un service central de coordination, « le Carrefour des Informations de l’Arrondissement », mieux connu sous l’appellation « CIA ».

Au CIA ces informations sont enregistrées dans une référothèque suivant une grille décidée
par le Parquet.

Lors des réunions régulières entre le magistrat du Parquet spécialement chargé de cette
approche et les six polices locales de la région bruxelloise, une concertation a alors lieu afin de déterminer sur base des informations recueillies, si une personne enregistrée joue un rôle déterminant au sein d’une ou plusieurs bandes, organisée ou non. Cela peut notamment
ressortir du nombre ou de la gravité du fait commis ainsi que de son implication dans la
structure du groupe. Si tel semble être le cas, cette personne fait alors l’objet d’une attention particulière et est alors reprise sous ce statut dans la banque de données générale. Cela permet en cas d’identification de mieux informer les policiers intervenant ainsi que le magistrat chargé le cas échéant de l’affaire.

Signalons enfin que des délais stricts de conservation des données sont prévus et que des
rapports mensuels, semestriels et annuels doivent être rédigés par le CIA.

Cette démarche est donc extrêmement intéressante et offre une dimension supplémentaire
dans l’analyse du phénomène des bandes urbaines.

Cette manière de procéder a eu pour résultat que la typologie expliquée ci-dessus a progressivement été abandonnée pour ne retenir que le vocable « bande urbaine », et cela même si chacune de celles qui sont connues peut être rattachée, complètement ou partiellement, à l’une ou l’autre des catégories précitées.

Tout en s’inscrivant dans cette approche, notre corps de police, la zone de police de Bruxelles-Nord, classe les bandes urbaines en deux niveaux. La différence entre ces deux niveaux se situe dans leur implication en matière de criminalité organisée et grave, ainsi que dans leur structuration plus poussée vers un modèle d’organisation criminelle.

4. La situation actuelle sur Bruxelles

Si on analyse la situation dans le domaine des« bandes urbaines » pour l’année 2005, et comme l’analyste stratégique du CIA le remarque, plusieurs commentaires se dégagent.

Tout d’abord, il n y a aucune explosion constatée de la délinquance en bande et la situation semble même être assez stable d’année en année. Pour 2005, près de 600 faits ont en effet été recensés. Il est ici à noter que la police de Bruxelles-Nord en constate un peu moins de 20%.

Ce qui par contre inquiète, c’est que les actions deviennent toujours plus violentes. En effet, les faits enregistrés sur l’ensemble de Bruxelles concernent majoritairement des vols ou extorsions avec violence ou menaces et/ou armes (presque 60%). De plus, il convient de constater qu au fil des ans, leur proportion ne fait que se renforcer, cela portant directement atteinte au sentiment de sécurité du citoyen. Remarquons toutefois qu’en ce qui concerne les incendies, cette catégorie reste très peu représentée, Bruxelles ayant été relativement épargnée par le phénomène français des voitures brûlées.

L’observation du phénomène révèle également que la période de temps la plus critique au niveau des faits commis en bande se situe la nuit du vendredi au samedi, plus particulièrement entre minuit et 06 hr du matin.

Si la voie publique constitue également le lieu où les faits « BU » sont le plus régulièrement constatés (presque la moitié des cas), il convient également de remarquer que les lieux offrant des services, comme les magasins ou surtout les librairies, sont aussi fort touchés (plus de 15%), tout comme, sans surprise, les transports en commun (stations de métro, gares de chemin de fer et véhicules en route).

L’analyse des auteurs montre que ce sont surtout des hommes qui sont concernés (95%), et
cela même si la proportion des femmes impliquées est en légère augmentation.
Le nombre de mineurs d’âge (dont la proportion est également en augmentation) n’est
toutefois pas prépondérant, car il ne concerne que quatre auteurs sur dix. Par contre une
majorité d’auteurs est âgée de moins de 26 ans (pratiquement 85%). Ceci n’est d’ailleurs pas
neuf !

Quant à ceux qui bénéficient d’une attention particulière (un peu moins de 10% des personnes
enregistrées), il ne s’agit que d’hommes dont la moyenne d’âge approche les 20 ans. Notons
quand- même que celle-ci s’étale entre 13 ans, pour le plus jeune, et 32 ans, pour le plus âgé.

Au niveau de l’analyse des bandes actives sur Bruxelles, le chiffre fluctue autour de ... Celles-ci portent des noms le plus souvent liés aux quartiers où elles opèrent, comme celles d’« Anneessens », de « Ribeaucourt-Leopold 2 », de « Marbotin-Agriculture » ou du « Jeu de Balle ». D’autres portent des noms plus évocateurs, comme les « Black wolves », « Black démolition » ou « MAP ». Certains noms de bandes, et en particulier pour celles composées de jeunes africains, correspondent à ceux de certains gangs de rue sévissant aux USA. Le nombre des membres constituant ces groupes est difficile à établir de manière exacte, car celles-ci fluctuent énormément dans le temps.

En 2005, ce sont presque 1100 personnes qui ont fait dans ce cadre l’objet d’une interpellation policière, dont 120 récidivistes. Le nombre actuel des personnes considérées jouer un rôle clef dépasse les trois cents.

5. Un focus sur Bruxelles-Nord

En ce qui concerne le territoire de notre zone de police, ce ne sont pas moins de dix groupes du niveau 1 qui font l’attention d’une vigilance particulière, tandis que pour le niveau 2, sept bandes organisées sont concernées.

Les bandes du premier niveau

Pour les bandes du premier niveau, il s’agit à une exception près, de groupes liés à leur quartier. Leurs noms l’indiquent d’ailleurs sans équivoque. Quelques exemples : « Marbotin-Agriculture », « Quartier Nord », « Pavillon », « Gaucheret », « Verbist », ... Elles se constituent d’un nombre variable de membres, le plus souvent d’origine allochtone, sans que ce soit un critère clef. Comme pour la moyenne bruxelloise, l’âge moyen tourne autour de 20 ans et de manière assez générale, plusieurs leaders reconnus par les autres membres y assument un rôle principal. Ceux-ci évoluent autour d’un cercle restreint d’une dizaine de personnes s’appuyant sur un deuxième-cercle, constitué déjeunes du quartier plus ou moins attirés par l’activité de la bande et capables de générer les réactions de solidarité négative, lorsqu’il le faut, par rapport à l’action de la police.

Si ces bandes ne peuvent être caractérisées par une organisation ou une structure formelle, avec des rites de passage, un code d’honneur, une répartition des fonctions,..., l’expérience montre cependant qu’elles sont capables de développer des stratégies élaborées pour protéger leur territoire, comme en assurer une surveillance en ayant recours à des sentinelles, effectuer de la contre-observation, préparer des traquenards pour la police, disposer de lieux de refuge,...

Elles se tiennent le plus souvent sur les places publiques, dans les parcs, débits de boisson et
les ASBL. Un recours fréquent aux techniques modernes de communication est remarqué :
Gsm, Sms, Internet (blog, MSN,...). Leurs activités correspondent assez bien à ce qui à été
expliqué ci-dessus pour la tendance générale à Bruxelles. La plupart de celles-ci sont connues
pour organiser le trafic de stupéfiants au niveau local, mais leur activité principale est
enregistrée dans le domaine des vols avec violence ou effraction, parfois avec des
conséquences dramatiques pour les victimes (décès, infirmité grave et permanente,...) qui
sont alors fort médiatisées.

Il est à noter ici que le domaine d’activité d’une bande est souvent le reflet du niveau de
structuration et d’organisation atteint par celle-ci.

Signalons aussi que ces groupes font aussi régulièrement l’objet d’interventions des services
de police pour tapages, rodéos urbains, tags,.

Nous constatons également que de manière générale, il y a peu de conflits entre ces groupes !

Lorsqu’ils surgissent, la violence peut alors être extrême. C’est ainsi que des meurtres ont
déjà été commis, ou comme cela a été récemment le cas, un viol collectif.

Des conflits entre membres d’une même bande peuvent également apparaître, notamment quand les meneurs sont en prison. Les règlements de compte à leur sortie s’avèrent alors également souvent assez violents.

L’absence de conflits réguliers entre bandes ne résulte pas de pactes ou d’associations momentanées que ces groupes décideraient de sceller entre eux. Dans ce cadre, il faut toutefois rester prudent car l’analyse des échanges d’informations via Internet ou MSN pourrait révéler une capacité de mobilisation importante. Nous le constatons parfois lorsque des crises urbaines surviennent.

Parmi les bandes répertoriées par notre zone de police comme appartenant au niveau 1, la
bande 1140 (code postal d’une des communes qui constituent la zone de police), mérite un
commentaire particulier.

Elle se distingue des autres bandes par sa composition ethnique et par une organisation plus
poussée

En effet, comme la bande « Bagdad », également active sur notre territoire, elle est
exclusivement composée de jeunes africains, résidant dans une des cités de notre territoire, et
hiérarchisée selon trois niveaux : « les B12 » « les CRS » et les 11KJ. Le premier groupe
désigne les leaders (grands majeurs, « B12 » pour « herbe douce »), tandis que les « CRS »

(acronyme pour « Crew de Renoi -en verlan- Soudés » sont les jeunes de 17/18 ans et les
autres, ceux de 15/16 ans. Au total, la bande compte une quarantaine de membres. Un groupe
de RAP en fait également partie.

Pour appartenir à ce groupe, il faut être introduit par plusieurs membres et être considéré
comme fiable. Aucun signe distinctif n’est porté, afin de ne pas se faire repérer par la police.
Les membres communiquent entre eux par MSN et Skyblog.
En ce qui concerne les faits qu’ils commettent habituellement et en plus de ceux mentionnés
ci-dessus, il n’est pas rare que des viols aient lieu. Selon nos derniers renseignements, la
bande disposerait depuis peu de certaines armes à feu. Les « 1140 » se caractérisent
également au niveau de l’organisation de leurs « coups », qui semblent souvent bien préparés.
Une rivalité dangereuse et très violente les oppose au « Black Démolition », un autre groupe
déjeunes africains provenant de l’extérieur de notre zone de police ainsi qu’à la bande
« Bagdad ».

Comme nous l’avons vu, ces bandes doivent donc constituer pour la police un domaine de vigilance particulière ! Il ne faut cependant ni sous-estimer, ni dramatiser les nuisances qu’elles peuvent créer dans leurs quartiers. L’exercice d’une police de proximité, caractérisée par une décentralisation et territorialisation optimales, couplée à une synergie de toutes ses fonctionnalités, ainsi qu’à une surveillance permanente de ces groupes et à la capacité d’intervenir rapidement et avec les moyens adéquats, permettra dans bien des cas d’améliorer la situation ou au moins de la garder sous contrôle.

Ces groupes du premier niveau doivent aussi recevoir toute l’attention nécessaire car ils peuvent basculer à un certain moment dans le niveau supérieur. C’est pourquoi la carrière criminelle des meneurs et des membres du premier cercle se doit d’être suivie de près, surtout après un séjour en prison.

Les bandes du second niveau

Les bandes du second niveau se caractérisent par leur domaine d’activité. Il est question ici d’organisation criminelle ainsi que de criminalité grave et organisée. Elles présentent toutes la même structure, à savoir un leader reconnu autour duquel gravitent quelques lieutenants qui lui sont propres ou qui agissent en association momentanée.

" L’organisation est plus élaborée et complexe que pour les groupes du premier niveau. Ici, il y a une répartition systématique des rôles et des tâches, aussi bien en ce qui concerne la logistique de l’organisation que les actions criminelles. Une stratégie est même chaque fois développée pour préparer les « coups », le modus operandi étant discuté et étudié au préalable, les repérages étant organisés, l’information nécessaire rassemblée ... Les membres se connaissent bien, ils appartiennent dans certains cas à la même famille ou se sont précédemment fréquentés dans le même quartier. Certains se sont connus en prison. Tous sont bien connus des services de police et en général multirécidivistes. Ils travaillent selon les cas avec des personnes de la même origine ethnique, bien que ici aussi, cela ne soit pas déterminant. Certains groupes originaires des pays de l’Est sont d’ailleurs présents depuis quelques années et de nouvelles figures font de temps en temps leur apparition.

La moyenne d’âge est pour ces bandes un peu plus haute que pour celles du premier niveau : elle varie entre 25 et 30 ans.

En ce qui concerne la nature de leurs activités criminelles, nous pouvons, sans surprise, citer les catégories suivantes : association de malfaiteurs, trafic de stupéfiants, vols avec violence ou effraction, en ce compris les vols de voiture et les car et home-jackings, tiger-kidnapping, attaques à main armée, organisation de prostitution, ...Leurs procédés peuvent parfois s’avérer très violents. Ainsi, l’expérience montre que certains membres n’hésitent pas à commettre des meurtres et prises d’otage.

Ces organisations disposent en général également de bases logistiques pour receler les objets volés ainsi que tout leur matériel.

La dénomination de ces bandes apparaît comme moins importante que pour celles du premier niveau, où une certaine publicité locale est parfois recherchée « pour faire régner sa loi ». Ici c’est la recherche du gain qui compte principalement, même si certains restent flattés de voir leur nom cité par les médias. Elles se font désigner le cas échéant par le nom qu’elles avaient lorsque leurs meneurs agissaient dans le cadre du premier niveau, ou le nom du quartier où elles opèrent quand leur activité est géographiquement limitée. D’autres bandes portent, elles, le nom de leur leader.

Leurs activités criminelles peuvent poser de très sérieux problèmes aux autorités car elles peuvent créer un impact psychologique important auprès de certains secteurs de la population. Une vague d’attaque à main armée dans un quartier peut en effet considérablement le déstabiliser. Un autre exemple peut se retrouver dans une bande d’origine albanaise et bulgare active en matière d’organisation de la prostitution. Sans même vouloir aborder leurs activités en matière de proxénétisme forcé, de règlement de comptes ou d’échanges internationaux d’argent, d’armes et de prostituées, cette bande a commis entre mars et avril 2006 pas moins de 85 faits graves !

Par rapport à ces organisations, l’approche et la lutte contre ce phénomène sera plus aisée pour les services de police qui auront consacré une attention suffisante aux différentes carrières criminelles qui se sont développées depuis la rue et en passant par le premier niveau. Ici, ce sera l’action des services de recherche qui sera principalement déterminante, ainsi que l’efficacité déployée par le service policier pour recueillir, traiter et exploiter les informations. Les services de recherche devront se montrer capables de rester en contact suffisamment proche du terrain et de s’inscrire dans l’approche globale décentralisée, en partenariat avec les • autres fonctionnalités.Les techniques particulières de recherche s’avéreront souvent indispensables dans ce cadre !

6. Conclusions

Nous l’avons vu, la problématique des bandes urbaines est complexe et doit nécessiter une attention des autorités à tous les niveaux. Elles présentent des risques qui ne peuvent être sous-estimes !

Il convient d’abord que l’énergie suffisante soit déployée afin de bien mesurer la nature et l’ampleur du phénomène.
Comme l’exemple bruxellois le montre, la démarche est progressive. Le recours à des techniques de police modernes est indispensable pour mieux connaître ces bandes urbaines et il faut également que les autorités policières complètent ces informations par les constatations du terrain. De même, cette récolte d’informations doit être dirigée et coordonnée, sous l’autorité des responsables judiciaires, de manière dynamique.

S’inscrivant dans le contexte général plus large de la lutte contre l’insécurité, les autorités se doivent ensuite de développer en partenariat les politiques les plus efficaces afin de réduire l’activité de ces bandes.
Il s’agit de mobiliser tous les acteurs locaux dans une approche coordonnée et répondant le
mieux possible aux phénomènes constatés.
Et la police, n’en doutons pas, joue ici un rôle primordial. Elle doit suivre l’évolution de ces
groupes aussi bien au niveau collectif qu’individuel, et détecter à temps les carrières
criminelles qui se forment.

Si l’action d’une police organisée suivant un modèle de proximité est déterminante dans ce
domaine, notamment de par l’efficacité possible de ses services de proximité et de recherche opérant de concert à un niveau proche des réalités dû terrain et des besoins du citoyen, il n’en reste pas moins que les dispositifs socio-préventifs des communes doivent contribuer à prévenir toute tentation de solidarité négative au profit de ces groupes. Dans ce cadre, toute
initiative nouvelle se doit d’être soutenue, comme celle des mères africaines qui, fortes du
respect traditionnel des jeunes africains pour leurs « marnas », se sont coalisées dans une
ASBL active sur tout Bruxelles !

Les autorités judiciaires doivent à leur tour garantir la réussite de ces approches, car il faut
que les mesures prises à leur niveau, rapides et claires, contribuent à la dissuasion nécessaire tout en prêtant l’attention nécessaire aux situations individuelles. Un ancrage local de l’action des autorités judiciaires est nécessaire pour assurer le meilleur suivi de l’émergence et du parcours de ces bandes et prendre les mesures les plus adéquates.

Et l’enjeu global est important !

Les exemples de cités où les bandes urbaines créent l’angoisse ne sont pas rares, même en Europe ! Le citoyen a le droit de profiter de sa cité avec une certaine garantie de sécurité ! En mobilisant tous les acteurs concernés sous l’impulsion dynamique des autorités administratives et judiciaires, une action globale et en partenariat, de longue haleine, permettra d’éviter, à coup sûr, certains des scénarios difficiles que l’on observe parfois dans nos villes !
Yansenne David
Commissaire Divisionnaire

Chef de la zone de police de Bruxelles-Nord

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