Forum Belge pour la Prévention et la Sécurité Urbaine

Comment mobiliser ?

Dix conseils pour mobiliser responsables politiques, professionnels et citoyens sur le sentiment d’insécurité

Ces conseils ont été élaborés lors du "forum entre acteurs locaux" organisé par le FBPSU à Saint Gilles le 14 novembre 2007 sur le thème de la participation citoyenne et de l’approche partenariale dans la sécurité. Elles ont été dégagées des différentes interventions qui ont mis en évidence des conditions de réussite et des écueils à éviter dans la mise en œuvre d’un processus participatif. Ces conseils s’adressent tant aux instances décisionnelles, politiques et administratives, locales, régionales, fédérales qu’aux autres acteurs locaux.

1. Poursuivre et promouvoir les échanges de bonnes pratiques entre acteurs locaux afin de faire connaître les méthodes existantes et les démarches entreprises, de montrer différents contextes dans lesquels la participation est mise en oeuvre ainsi que les projets ou objectifs pour lesquels elle est mobilisée. A partir de ces échanges, constituer progressivement une "boîte à outils", à disposition des acteurs qui souhaiteraient se lancer dans une démarche participative.

2. S’assurer de l’existence d’une réelle volonté politique d’impliquer les acteurs locaux et leur communiquer le contenu et la portée de la décision politique : ce pour quoi on les sollicite (objectifs), ce qu’ils peuvent attendre du processus et ce qu’ils ne doivent pas en attendre (les limites), si la décision finale est prise en commun ou si elle reste uniquement de la compétence de l’autorité politique… Il est essentiel de ne pas créer chez les acteurs locaux d’attentes auxquelles on ne pourrait répondre et par conséquent de fixer très clairement le cadre et les enjeux du processus participatif.

3. Débuter la démarche par le partage d’un diagnostic de la situation au niveau du sentiment d’insécurité avec les partenaires et usagers. Il est important de clarifier le concept d’insécurité (objective et subjective). Le diagnostic ne doit pas reposer uniquement sur des faits enregistrés (notamment par la police mais aussi par les services locaux de première ligne) mais doit prendre également en considération les perceptions des usagers et des professionnels de terrain. A cet égard, les exposés ont mis en évidence la diversité des techniques mobilisables ainsi que la qualité des résultats obtenus par l’utilisation de certaines d’entre elles : marches exploratoires, enquêtes sous forme de "conversations de rue", entretiens avec les professionnels,…

4. Aborder le phénomène du sentiment d’insécurité de manière globale c’est-à-dire en le définissant d’abord par rapport à la notion de bien-être dans un quartier (exemples du contrat de quartier de Schaerbeek et de la concertation locale avec les habitants du quartier Midi à Bruxelles) et sur base de principes de vie communautaire (un espace de qualité est un espace partagé). Certains (Wyvekens, Gastmans) prônent également l’utilisation d’appellations "positives" dans les projets et non stigmatisantes (par exemple, parler d’actions communes "pour la sécurité" plutôt que de lutte commune "contre l’insécurité") afin de mieux motiver les participants du processus.

5. Construire le processus participatif en fonction de l’objectif poursuivi, des ressources dont on dispose et d’autres éléments du contexte local. Ce sont eux qui déterminent à quel(s) mode(s) de participation on aura recours, à quel(s) moment(s), avec quels acteurs et les moyens qui seront nécessaires pour le mettre en oeuvre. Les expériences présentées au cours de la journée ont mis en évidence que le manque de moyens ou la petite taille de la structure qui souhaite impulser un processus participatif peuvent être compensées par un cadre précis, une méthodologie claire (définition des enjeux et limites) et une volonté affirmée des acteurs de s’engager dans un processus de ce type.

6. Porter une attention particulière à la dimension temporelle. Si une démarche participative ne peut pas s’organiser et se réaliser dans la précipitation, il reste que le maintien d’une certaine dynamique est important pour éviter l’abandon ou le désintérêt du projet surtout dans le cas où la réalisation prend plusieurs années. A ce titre et pour éviter l’essoufflement du processus de participation, il est essentiel de s’appuyer sur des objectifs concrets à plus court terme pour "faire participer", sur des éléments qui touchent et ont un impact tangible sur la qualité de vie des usagers du quartier (cfr supra).

7. Adapter la manière de travailler des services publics aux exigences de la participation, notamment : affecter du personnel à la mise en oeuvre de la démarche participative et le former aux techniques d’animation de groupe, à l’organisation et au suivi d’un plan d’action ; savoir s’entourer de partenaires spécialisés à l’animation si nécessaire ; adopter une grande flexibilité quant à la manière dont on organise les contacts avec la population (importance de prendre en considération ses horaires ainsi que les caractéristiques socio-économiques et culturelles de celle-ci, adapter les outils de communication au public visé).

8. Tenter d’impliquer le plus grand nombre d’acteurs et pour cela :
- mettre en place les conditions permettant de les attirer dans le processus ;
- être créatif et inventif pour amener les personnes qui ne s’expriment habituellement pas ou peu à donner leur avis ;
- favoriser la proximité et aller à la rencontre des acteurs, sur leur terrain ;
- varier les modes d’animation et d’expression (textes, dessins, images, photos, films, réunions, visites sur sites, expositions, textes dans différentes langues, questionnaires, site Internet…) et les moments de concertations (en journée, le soir, le week-end…) ;
- tenir compte des différents usagers (et usages) d’un lieu.

9. Pouvoir envisager une participation à différents degrés : en n’impliquant pas forcément tous les acteurs ni au même moment du processus ni de la même manière.

10. Rendre des comptes aux acteurs locaux lorsqu’on les a sollicités et les tenir informés de l’évolution du projet. Il est important de prendre les acteurs locaux au sérieux, de reconnaître les "compétences citoyennes" tout en cherchant un équilibre entre compétences citoyennes et compétences professionnelles.

Pour avoir un exemple de réflexion à propos de la mobilisation des élus, habitants et professionnels, voyez le carnet du Réseau Capacitation citoyenne rédigé à l’issue de la rencontre à Charleroi du 9 novembre 2006, journée organisée afin d’échanger sur les pratiques de mobilisation et de trouver collectivement des moyens adaptés aux “stratégies” de mobilisation. Différentes questions ont été abordées : Pourquoi voulez-vous mobiliser ? Quelles sont vos finalités ? Quels publics
cherchez-vous à mobiliser ? Comment tentez-vous de mobiliser ? Quels sont les moyens que vous vous donnez pour cela ? Quels résultats, quels blocages et quelles réussites rencontrez-vous dans vos actions de mobilisation ?

Comment animer des réunions publiques ?

Les compétences d’animation constituent un outil central dans la poursuite des objectifs et le bon déroulement d’une réunion ou d’un groupe de parole. Elles sont souvent recherchées par des professionnels qui veulent impliquer davantage les citoyens dans des projets à portée collective, qu’ils développent leurs activités dans le monde associatif comme dans l’administration publique.

+ Pour en savoir plus sur les groupes de parole et les défis de l’animation, voir les fiches sur les pratiques.

> Quelques conseils

Et dans les laboratoires ?

Des pistes ont été dégagées lors de la journée de formation sur l’animation de groupes de parole (le 15 février 2008) adressées aux médiateurs sociaux de Bravvo asbl (Service de Prévention de la Ville de Bruxelles) et aux partenaires du projet du laboratoire de Laeken. Tout en se basant sur des débats et analyses de cette journée, ce document aborde des pistes et des principes pour l’animation de groupes de parole, valables également dans d’autres situations. Sans constituer une liste exhaustive de techniques et recettes immuables pour l’animation, les principes évoqués représentent des points d’attention et des conseils à garder à l’esprit, voire des questions qui pourront aider les professionnels à mieux appréhender et assurer le rôle d’animateur.

Pour en savoir plus, lisez ce livret "L’animation en pratique et l’auto-évaluation des participants" édité par les Arpenteurs. Ce document reprend l’expérience de la Formation à l’Animation d’Espaces Publics Urbains (FAPU), qui est un laboratoire expérimental de mise en débats des projets urbaines rassemblant des élus, des habitants et des professionnels.

Comment être à l’écoute des plus silencieux ?

La représentativité des réunions d’habitants est souvent remise en question. Doit-on continuer la démarche si la réunion ne rassemble qu’une huitaine d’habitants, tous du même "groupe social " (seniors, parents,..) ?

Certains groupes, appelés à tort "silencieux", sont souvent absents des réunions d’habitants : les jeunes, les allochtones, les publics plus précarisés. Certaines absences sont–elles légitimes ? Lorsque des jeunes ne participent pas à des réunions, est-ce par manque d’intérêt ou simplement parce que l’organisateur n’a pris la peine de tenir compte de leurs canaux d’information ou de leur rythme de vie (réunion en journée lorsqu’ils sont à l’école) ?

La façon de convoquer les réunions est souvent en cause : on diffuse un avis dans le journal communal ou via des flyers qui se perdent parmi les toutes-boîtes publicitaires.

Là encore, la préparation des réunions avec les habitants est essentielle et certaines approches originales méritent d’être pointées.

> Quelques conseils

Et dans les laboratoires ?
Des questions se sont posées sur la façon d’impliquer certains groupes cibles des projets.

A Mouscron : comment faire pour que les cafetiers s’impliquent dans une réflexion collective autour de la consommation abusive d’alcool ? Une enquête auprès des tenanciers de débits de boissons a permis de relativiser leur image auprès des travailleurs et des jeunes : non, les cafetiers ne pensent pas qu’à vendre leurs bières, ils veulent aussi s’impliquer dans la prévention de l’abus d’alcool.
Autre question : comment capter la parole des jeunes sur l’alcool en sorties ? Une collaboration avec une télévision régionale a permis de lancer un débat avec les jeunes. Le service jeunesse et la maison de la Santé préparent un projet de vidéo (avec concours) où les jeunes seront les acteurs principaux. La méthode des conversations de rue durant "les 24h de Mouscron" a également permis de cerner l’avis des "fêtards" sur les méthodes de prévention d’abus d’alcool qui fonctionneraient le mieux et de tester rapidement les campagnes anti-alcool existantes.

A Charleroi : comment amener les groupes "jeunes" autour de la table pour discuter avec les autres des manières de rendre le quartier plus agréable pour tous ? Un diagnostic marchant et le travail de rue des éducateurs ont permis de décanter les tensions et connaître les positions de chacun.

A Laeken : comment mobiliser les habitants autour d’un groupe de parole ? Quels habitants prendront part à la discussion ? Une enquête sous forme de conversations de rue a permis d’entrer en contact avec des habitants prêts à participer à des groupes de parole et de cibler quelques points d’intérêt des habitants pour organiser une première réunion.

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