3.1.2. Les conversations de rue
"Sentir les choses"
C’est quoi ?
La méthodologie des "conversations" et "dialogues de rue" est issue de l’expérience du Brésil fin des années ’80. Ces conversations visaient à développer une pédagogie de l’écoute de la population directement sur l’espace public et à motiver un dialogue culturel avec les populations locales, principalement celles qui souffraient d’exclusion sociale. La technique s’est développée dans les années ’90 et surtout 2000 avec les initiatives de forum social mondial à Porto Alegre, Brésil, (2005).
Cette méthode permet de ne pas se focaliser sur une suite de questions-types mais vise à poser les questions plutôt sous forme de conversations informelles, en prenant soin d’y aborder certains thèmes choisis : que pensez-vous du quartier, avez-vous des idées pour mieux y vivre ? Désirez-vous vous y impliquer ?
Atouts
- Permet d’entrer en contact avec le public, de "délier les langues et d’engager la conversation de rue sur des sujets qui les intéressent" (extrait des pages site web des projets de Periferia/BRAL asbl à Bruxelles - place Rogier sur base de 400 conversations - et à Nancy).
- Permet de faire un relevé des observations, des points d’intérêt et des premiers avis des usagers et habitants d’un quartier/territoire concernant des thèmes choisis (sécurité et qualité de vie dans le quartier).
- Permet de savoir si les habitants et usagers sont prêts à s’impliquer dans la vie du quartier et si oui, selon quelles modalités.
- Peut être exploitable comme outil de communication et d’invitation à une participation ultérieure.
- Permet de s’enquérir de la perception des habitants sur les projets de prévention prévus par les autorités locales et d’éventuellement tester la méthode de prévention envisagée.
- Peut compléter le Diagnostic Local de Sécurité.
Défis
- Délimitation préalable du territoire de sondage (au moyen d’une carte si possible).
- Définition préalable des moments-clés de la vie de quartier pour procéder aux conversations.
- Rester ciblé sur les objectifs définis au préalable tout en restant à l’écoute.
- Restitution fidèle des conversations obtenues.
Ressources nécessaires
- Elaboration d’un canevas thématique d’entretien, avec suggestion de questions de base fournies à chaque équipe d’"enquêteurs" pour répertorier les propos des personnes lors des conversations.
- Prévoir une phase de test pour évaluer l’outil, ainsi qu’un débriefing directement après avec les équipes.
- Disposer de personnel "qualifié" et motivé par le projet et envoyer, en général, une seule personne pour ne pas effrayer et encourager le dialogue (possibilité de composer des équipes mixtes de 2 personnes). Les enquêteurs doivent savoir écrire, avoir un bon contact personnel, être motivés, rigoureux et doivent avoir une bonne mémoire.
- Etre bien visibles et identifiables sur le site choisi (t-shirts, chasubles…).
- Briefer les "enquêteurs" sur l’objet de l’opération et les projets mis en question.
- Equiper les "enquêteurs" de cahiers de "conversations" afin de soigneusement retranscrire les éléments de réponse, indiquer le profil des personnes rencontrées et comptabiliser le nombre de conversations.
- Définir une période de conversation (5 à 20 minutes maximum).
- Déterminer les points d’entrée des conversations.
- Si possible et en fonction des outils existants, prévoir d’offrir un gadget à la personne participante (gadget utile de préférence…).
- Profiter d‘un grand rassemblement de population locale. Toutefois, au quotidien, cela présente également des avantages. Il est possible de combiner les deux.
Procédure lors des conversations
1 – Se présenter brièvement à la personne et parler directement de contenu et de l’objectif de la conversation : "On vient vous parler d’un projet qu’on lance sur le quartier et aimerions avoir votre avis sur le quartier et votre perception du sentiment d’insécurité pour en tirer des idées et des recommandations pour les autorités locales…"
- Aller vers les gens et s’adresser au public "les mains libres" (les informations seront notées ensuite sur le carnet de bord) de manière à ne pas apparaître comme un enquêteur professionnel et laisser plutôt libre cours à la parole des gens ;
- Si le projet est à un stade avancé, donner la page de présentation du projet (A4) à la personne (avec les coordonnées de la personne de contact).
- Signaler que la démarche est totalement anonyme et non obligatoire…
- Retenir les expressions des gens, les termes forts qu’ils utilisent.
- Donner la possibilité d’écrire un point de vue sur une bulle, un mur d’avis…
2 – Suivre le canevas d’entretien en "prenant le temps" de discuter pour donner un cadre à l’entretien.
Chaque thématique doit être abordée mais les questions sont suggérées pour faciliter le dialogue, pour rebondir lors de la conversation. Elles ne doivent pas être posées obligatoirement dans ces termes. La carte territoriale à disposition permet d’aider à préciser certains lieux si nécessaire. Cette démarche demande de juger du contexte et de s’adapter à la personne écoutée : soit, remplir le carnet et le canevas après l’entretien, soit, le montrer et le remplir devant la personne… Le but étant de mettre la personne à l’aise, de faciliter le dialogue et de répertorier au mieux les propos des habitants et les termes qu’ils ont utilisés. En général, on sort le carnet si la conversation dure longtemps, mais on peut de toute façon expliquer qu’on va prendre des notes après la fin de l’entretien.
3 – Timing de 10 minutes maximum par entretien
Prendre 10 minutes maximum par entretien. Si le temps est dépassé et que la personne a beaucoup de choses à dire, lui dire qu’il serait très intéressant de continuer la conversation lors d’un groupe de parole ou lui proposer un autre moment de conversation. Durant la conversation, essayer de bien mémoriser les paroles des gens "mot pour mot" pour respecter au mieux les dires du public. Ne noter que les caractéristiques utiles des répondants : sont–ils directement concernés par le phénomène ? Sont-ils habitants ou usagers dudit territoire ?
4 – Conclure l’entretien
En fin d’entretien, informer la personne sur la suite des opérations : si elle montre un intérêt à la démarche, bien veiller à noter ses coordonnées (téléphone + email si disponible) et lui expliquer qu’elle a la possibilité de rester informée des activités via la modalité de son choix : rappeler le nom de la personne de contact (sur la page d’information). Après chaque conversation, noter les éléments de réponse du public, " mot pour mot", suivant le tableau de bord préétabli et rassembler les tableaux de notes pour le dépouillement ultérieur.
Analyse des résultats
- Dépouillement quantitatif des carnets de conversations.
- Dépouillement qualitatif au cours d’une réunion de mise en commun (rapidement pour éviter les oublis de détails des conversations) : autour des thèmes évoqués lors des conversations de rue, relecture des notes, reprise des termes et mots utilisés selon les thématiques et rassemblement des grandes lignes des échanges et des avis du public (il faut obligatoirement que les enquêteurs y participent pour avoir les nuances des réponses et la remise en contexte).
- Objectif : recomposer un "arbre" de réponses en fonction des thèmes.
- Solliciter l’aide de partenaires si nécessaire pour compulser et synthétiser les données.
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