3.1.4. La médiation
C’est quoi ?
Les problèmes de voisinage prennent généralement place dans le cadre d’un conflit principalement d’ordre relationnel que des usagers sont en peine de résoudre sans aide extérieure, en raison d’un manque de communication.
Expérimentée aux Etats-Unis dans le courant des années 70, la médiation a gagné dans la décennie suivante l’ensemble du monde latin et n’a cessé de se répandre dans l’ensemble des pays développés. Son apparition peut être considérée comme une demande d’innovation sociale émanant de la population et dépassant la polarisation classique et réductrice auteur/victime.
Théoriquement, la médiation est un processus volontaire au cours duquel les personnes impliquées dans un conflit analysent et règlent ensemble leur différent. Le médiateur ne dispose d’aucune autorité pour imposer une décision, mais aide plutôt les parties à résoudre leurs conflits. Les différentes phases de la médiation impliquent des activités destinées à promouvoir le développement d’accords consensuels durables.
Par définition, la fonction de la médiation est le lien, l’élément de communication qui permet de rétablir le dialogue entre les autorités publiques, les usagers et les habitants. Les médiateurs, souvent engagés par la ville, permettent de recréer le lien social sur le terrain et dans les quartiers, en tenant compte de l’ensemble du contexte dans lequel se déroule le conflit ou la tension (économique, environnemental, familial,…), dans le respect d’une logique "win-win" et sur demande des résidents de l’entité ou sur demande d’une institution ou association. Pour cela, ils sont chargés :
- d’établir et maintenir les conditions permettant aux intéressés de mettre en place une dynamique qui favorise la communication, la coopération et l’échange de points de vue ;
- de mettre en place des dispositifs en vue de sauvegarder, d’améliorer leurs relations et si possible de les rendre durables ;
- d’aider à l’élaboration par eux-mêmes des solutions à leur situation conflictuelle et/ou problématique et éviter la dégradation de la relation (et l’émergence d’une insécurité subjective associée).
Atouts
- Se positionner entre le problème et la plainte et offrir un cadre de résolution d’un conflit qui diminue le sentiment d’impunité et qui est une voie à la fois plus large et plus souple que la voie judiciaire.
- Permettre de conserver la maîtrise des enjeux en évacuant la sanction et en basant ses efforts sur la perspective d’une reconstruction des relations interpersonnelles.
- Donner les outils aux parties, pour régler par la suite leur litige.
- Restituer le conflit aux parties en litige et les inciter à se le réapproprier.
- Éveiller ou fortifier la détermination citoyenne des personnes à se constituer en tant qu’acteurs et créateurs de leur avenir.
- Susciter une véritable co-responsabilisation des personnes en litige, au lieu de stigmatiser le tort du justiciable.
- Pouvoir contribuer au désengorgement et à l’absence de réponse, voire à l’estompement de certaines déficiences de la justice, la médiation ne constituant pas pour autant une panacée résolutive des conflits considérés comme mineurs.
Défis
- Fixer les limites de la médiation.
- Qualifier les meilleures conditions de développement pour une collaboration saine entre justice et médiation, mais aussi avec le secteur associatif, les autres services communaux (tels que le Bureau d’Aide aux Victimes, les consultations juridiques du CPAS, et les autres services des politiques locales de prévention et de sécurité), et les sociétés d’habitations sociales ou encore l’Ordre des Avocats.
- Clarifier le champ d’intervention des médiateurs de façon à ce qu’ils sauvegardent l’indépendance et l’impartialité de leur fonction.
- Appliquer la déontologie nécessaire à ce type de procédé : les médiateurs ne sont ni des juges ni des arbitres.
Défis à relever pour le bon déroulement d’un processus de médiation
- Informer les parties sur les règles de fonctionnement de la médiation et sur la possibilité de consulter à tout moment un conseil de leur choix.
- S’assurer de la libre participation des parties au processus de médiation.
- Favoriser les conditions d’un libre échange fondé sur un respect mutuel des intérêts et des personnes.
- Permettre aux parties d’élaborer ou non une solution librement consentie en connaissance de cause et notamment vis-à-vis des tiers.
Ressources nécessaires
- Un service de médiation qui permette à des personnes de se former à la médiation pour qu’ils puissent :
- respecter les fondements et le cadre méthodologique de la médiation qui doit se dérouler dans le respect de la confidentialité et du secret professionnel ;
- acquérir une compétence spécifique et participer à des travaux d’analyse de pratiques, de réunions méthodologiques et de supervision ;
- commencer par une médiation indirecte et s’assurer de la sécurité des personnes lors des rencontres directes entre celles-ci (dans ce cadre, ils inviteront, avant chaque rencontre, les parties à s’engager par écrit et à respecter les règles prévues pour le bon déroulement de celle-ci).
- Un lieu qui représente la neutralité pour les parties.
> Pour en savoir plus
- Fiche laboratoire de Charleroi où des éducateurs travaillent avec des médiateurs de quartier.
- Médiation sociale Bravvo asbl, axe Prévention des conflits.
- Projet du Service de médiation de Châtelet, sélectionné pour le Prix Belge de la Prévention de la Criminalité et de Sécurité en 2005
Contact : prevention.salo.chatelet@brutele.be
Rue Jules Destrée 19 à 6200 Châtelet, tél : 071/24.47.00, fax : 071/24.47.14.
- Lectures approfondies :
- GUILLAUME-HOFUNG M. K., "La médiation", Paris, PUF, collection "Que sais-je ?", n°2930, 1995.
- "La médiation et les conflits de voisinage", Actes du Colloque organisé par la Ville de Charleroi et le Centre Européen de Médiation le 23 avril 1998, éditions Service de médiation de quartier de la Ville de Charleroi, 1999.
- Fiches du Forum Européen pour la Sécurité Urbaine.
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