2.4 Charleroi : ’’Jeunes Jugés Dérangeants’’ : dénouer les tensions par la médiation, est-ce possible ?
"Jeunes Jugés Dérangeants" : dénouer les tensions par la médiation, est-ce possible ?
| Charleroi
Quartiers de l’Europe et du Rambulant
Population : 201.300 habitants pour 102 km²
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LE LIEU
Les quartiers de l’Europe et du Rambulant (Gilly), où les habitations sont principalement concentrées dans des tours de logements sociaux.

LE PUBLIC CIBLE
Les jeunes et les riverains des quartiers de l’Europe et du Rambulant, endroits où s’expriment des plaintes relatives à des rassemblements de jeunes. A terme : toute la population de l’entité de Charleroi (soit 55 quartiers répartis sur 15 communes).
LE THEME
Le travail a été mené sur le phénomène des groupes de "Jeunes Jugés Dérangeants" (selon l’appellation assumée par le projet), facteur de sentiment d’insécurité et de conflits entre habitants et jeunes. Le pari : dénouer les tensions par la médiation.
LES OBJECTIFS
- Proposer une action de proximité accessible et adaptée aux personnes ayant des problèmes suite aux rassemblements de jeunes.
- Etre l’intermédiaire entre différents interlocuteurs et informer les citoyens sur leurs droits et leurs devoirs.
- Réduire les tensions et reconstituer le lien social dans le quartier.
- Permettre une égalité dans l’usage de l’espace public.
- Organiser une intervention en synergie avec les services locaux partenaires de la Ville (Police, Service de la Prévention, associations,...).
L’HISTORIQUE
Le projet part d’un constat : les médiateurs de quartier et travailleurs de rue à Charleroi sont régulièrement confrontés à la difficulté d’approcher les jeunes "jugés dérangeants", de les rencontrer et de dialoguer avec eux.
Pour pallier cette difficulté, la Division Prévention Quartiers du Service de Prévention de la Ville décide de mettre l’accent sur un travail en réseau, entre les travailleurs de rue, les maisons de quartiers et les médiateurs de quartier. Une équipe de travailleurs de terrain spécifique est constituée. Elle ne travaillera que sur les quartiers où les rassemblements de jeunes "jugés dérangeants" sont courants. Cette étape prend plus de temps que prévu dans un contexte de difficultés budgétaires et institutionnelles internes.
Entretemps, un pré-diagnostic des quartiers visés est réalisé (fin 2007, début 2008). Il permet de constater qu’il existe peu d’actions de prévention spécifiques aux phénomènes des rassemblements de jeunes dits "dérangeants". Ces derniers ont l’impression d’être abandonnés par la société et ressentent une certaine vacuité liée à la vie dans la "cité". Les groupes cibles sont ainsi déterminés, leurs demandes et attentes objectivées. Une typologie des deux quartiers concernés, le Rambulant et la Cité de l’Europe, est dressée.
Sur base de ce travail préparatoire, une méthodologie d’intervention "Méduc" (méthode de collaboration entre médiateurs et éducateurs) est élaborée pour gérer les dossiers relatifs aux nuisances et créer une nouvelle cellule spécifique "Jeunes Jugés Dérangeants" (JJD). Celle-ci est composée de deux éducateurs et de travailleurs du Service de Médiation.
Un partenariat avec le Centre de Recherche Urbaine de l’ULB est instauré pour organiser un diagnostic marchant. La méthode doit être adaptée à un contexte conflictuel, c’est-à-dire lorsque des conflits sont déjà "ouverts" entre usagers du même site et que des groupes font l’objet de plaintes.
Par la suite, le territoire d’intervention est élargi à tout Charleroi : les dossiers "plaintes nuisances" sont désormais traités en fonction de la demande et non plus du territoire.
Un partenariat spécifique se développe, entre Police, maison de quartier, Services communaux de la Propreté et gestionnaires des logements sociaux.
Entre juillet 2008 et décembre 2008, une quinzaine de dossiers "Méduc JJD" sont traités. Les constats du quartier sont transmis aux autorités locales, qui accordent leur soutien pour agrandir la cellule "Jeunes Jugés Dérangeants" en 2009.
En cliquant ici vous accéder au partenariat (diversifié) mis en place par Charleroi pour la mise en place de la cellule JJD
LE PROCESSUS DU LABO
Le porteur
La Direction Prévention et Sécurité de la Ville de Charleroi : structure coordinatrice du projet associant les spécificités locales et les acteurs locaux impliqués dans le projet. A noter : le partenariat de départ a été affaibli par le fait que les médiateurs et les éducateurs communaux étaient les seuls acteurs à collaborer. En outre, un frein institutionnel dans l’affectation de personnel n’a pas été favorable au développement du laboratoire (de fin 2007 à mai/juin 2008).
Le pilote politique
Le Bourgmestre.
Les partenaires
- Création d’un réseau de partenaires communaux durant l’été 2008 :
- le Service Médiation de Quartier avec deux professionnels formés à la gestion des conflits.
- Le Service Prévention et Animation des Quartiers avec deux professionnels du travail de rue.
- la cellule du Développement Social de Quartier avec ses animateurs et éducateurs.
- le Service des Quartiers du Service de la Prévention, la Police locale, la Cellule d’Aide Aux victimes, les Services communaux de la Propreté.
- Partenaires non communaux : la maison de quartier, les comités de quartiers, le tissu associatif, des institutions telles que le Parquet, la Police Fédérale, la Justice et le Foyer Carolo (société de logements sociaux).
Les réalisations
- Diagnostic entamé sur les deux quartiers visés : Europe et Rambulant. La méthodologie utilisée ("monographie") s’est avérée ne pas être suffisante pour aborder le thème "Jeunes Jugés Dérangeants".
- Élaboration d’une méthodologie d’intervention ("Méduc") (méthode de collaboration entre médiateurs et éducateurs) pour gérer les dossiers relatifs aux nuisances et créer une nouvelle cellule spécifique "Jeunes Jugés Dérangeants".
- Partenariat avec l’ULB (Centre de Recherche urbaine) pour l’organisation d’un diagnostic marchant : prise de contact avec les habitants et les techniciens pour une marche exploratoire. Après quelques essais infructueux (pas de présence de jeunes, peu d’habitants participatifs...), on constate qu’un diagnostic marchant dans un contexte conflictuel (entre plaignants) est problématique et que la méthode a dû être adaptée avec l’aide de l’ULB pour l’utiliser sur des lieux où il existe une situation conflictuelle entre habitants/résidents (mai/juin 2008).
- Constitution d’une cellule "JJD" (deux éducateurs et le Service Médiation) motivée et soudée (fin juin 2008).
- Traitement de 12 dossiers depuis l’été 2008. Bonne prise de contact des deux éducateurs et du responsable de la Médiation avec les jeunes et des habitants.
- Retour de constats du quartier vers les autorités locales (Ville et Police) en octobre 2008 et obtention de l’accord de soutien politique pour agrandir la cellule ’’JJD’’ avec deux agents supplémentaires en 2009.
Les atouts
- La médiation a été bien exploitée comme outil de régulation des conflits de quartier.
- Le partenariat local existant s’est développé et consolidé, par les prises de contact positives avec les sociétés de logement, les services du CPAS et la Police.
- L’initiative a été bien accueillie, y compris dans le secteur de la protection de la jeunesse.
- Le labo a été mis à profit pour faire bouger les choses en ressortant des projets "dormants" : le projet "Jeunes Jugés Dérangeants" était "dans les cartons" avant le lancement du programme du laboratoire.
Les difficultés
- Le personnel affecté au projet n’est pas suffisant. Le turn-over est important. L’équipe n’est pas encore au complet puisque deux agents travaillent sur les cinq prévus pour cette fonction.
- Toucher les "silencieux" dans la participation reste un enjeu.
- Le frein institutionnel a "gelé" l’avancement du projet durant de nombreux mois (début 2008).
Les perspectives
- Affiner la méthodologie avec les deux éducateurs actuels "JJD" sur base des dossiers traités sur les deux quartiers investis : extraction de bonnes pratiques et de fiches méthodologiques.
- Développer le partenariat local : présentation de la cellule "JJD" au Conseil Zonal de Sécurité.
- Adapter la méthode du diagnostic marchant à un contexte de conflits entre usagers de l’espace public.
- Lancer un RIQ sur le quartier de Marchiennes (la demande émane des habitants).
- Renforcer la cellule "Jeunes Jugés Dérangeants" en éducateurs de rue début 2009.
- Mettre en valeur les bonnes pratiques lors d’une conférence en 2009 sur le thème : "Incivilités et nuisances urbaines".
Les techniques utilisées
Les ressources
- Humaines : deux médiateurs de quartier et deux éducateurs formés (en interne) à la médiation.
- Matérielles : un véhicule de service pour se rendre sur place dans les "quartiers de vie", ainsi que les frais de secrétariat, téléphone, courrier.
- Infrastructurelles : locaux communaux et para-communaux mis à la disposition de l’équipe afin d’organiser les entretiens et les rencontres directes de médiation.
Les personnes de contact
Direction Sécurité Prévention, Ville de Charleroi, tél : 071/86 88 01
- Marianne KOSZULAP, conseillère de la cellule Cohésion sociale, mail
- Jacques PYFFEROEN, évaluateur interne de la direction Sécurité Prévention, mail
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